Histoire

La Sich zaporogue : la vie cosaque dans la steppe

Sich: Cossacks Tale se déroule chez les Cosaques zaporogues, dans l’Ukraine du XVIIIe siècle. Le jeu est une fiction, mais son monde est bien réel. Cette page est un court guide de l’histoire qui l’inspire : la Sich au-delà des rapides du Dnipro, les fermes d’hiver de la steppe, la Rada où les Cosaques choisissaient leurs chefs, les khatas où ils vivaient et les raids contre lesquels ils se défendaient.

Au-delà des rapides du Dnipro

Les terres cosaques s’appelaient Zaporijjia, de za porohamy, « au-delà des rapides ». Sur le cours inférieur du Dnipro, neuf grands rapides entrecoupaient le fleuve sur environ 70 km. En aval, le fleuve s’ouvrait sur des îles, des chenaux et des marais difficiles d’accès et faciles à défendre.

C’était le Velykyi Louh, le Grand Pré : plus de 100 km de forêts alluviales, de lacs couverts de roseaux, de bras de rivière et de prairies, avec des arbres sur les deux rives au milieu d’un pays de steppe herbeuse. Tout autour s’étendaient les Champs sauvages, nom donné jusqu’au XVIIIe siècle à la steppe peu peuplée située au nord de la mer Noire et de la mer d’Azov. La terre était riche, mais la Horde nogaï et le khanat de Crimée se la disputaient aussi. À partir du XVe siècle, des Cosaques et des paysans fugitifs s’y installèrent malgré tout, pour chasser, pêcher et vivre hors de portée des seigneurs.

Chaque carte du jeu est une nouvelle étendue de ce pays : forêt et steppe ouverte, lacs, et une rive du Dnipro sur l’un de ses bords.

Une petite harde de cerfs dans une forêt de bouleaux en automne
Une harde de cerfs à l’orée du bois.

Huit Sich et la Nouvelle Sich

Il n’y a pas eu qu’une seule Sich. Les Cosaques en bâtirent huit en deux siècles environ, déplaçant leur camp quand l’une était détruite ou abandonnée. La première est généralement datée des environs de 1552, quand le prince Dmytro Vychnevetsky éleva un fort sur l’île de Mala Khortytsia. D’autres suivirent à Tomakivka, Bazavlouk, Mykytyn Rih, Tchortomlyk, Kamianka et Olechky, la plupart sur le Grand Pré ou à proximité.

En 1709, une force russe détruisit la Sich de Tchortomlyk après que son ataman eut pris le parti de l’hetman Ivan Mazepa et de Charles XII de Suède. Les Cosaques descendirent le fleuve, d’abord à Kamianka puis, en 1711, à Olechky, sur les terres du khan de Crimée. En 1734, ils revinrent et bâtirent la Nouvelle Sich (Nova Sich) sur une presqu’île au bord de la rivière Pidpilna. Elle avait un rempart de terre d’environ 4 m de haut, hérissé de pieux de chêne et flanqué de tours, un fossé rempli d’eau, une place centrale pour les conseils, l’église de l’Intercession et un faubourg d’échoppes, d’ateliers et de forges. Selon une estimation, près de 100 000 personnes vivaient sur ses terres : dans la Sich même, dans plus de 100 villages libres et sur des milliers de fermes. D’autres décomptes diffèrent.

Le jeu se déroule dans ce monde du XVIIIe siècle. Les rangs du village sont prévus, à commencer par la démo Next Fest : chaque rang débloque de nouveaux bâtiments à mesure qu’un khoutir, une ferme isolée, devient un village puis, avec le temps, une Sich.

Zymivnyky : les fermes d’hiver

Une grande partie de la vie cosaque se déroulait loin de la Sich, sur les zymivnyky. Le mot signifie « lieu d’hivernage ». Un petit zymivnyk pouvait se résumer à une seule hutte enterrée pour le propriétaire et à un enclos pour une ou deux paires de bœufs ou de chevaux. Les plus grands comptaient plus de dix maisons et bâtiments de ferme, des ouvriers salariés et des troupeaux de centaines ou de milliers de bêtes. Un rapport de 1766 en dénombrait environ 4 000.

La chasse et la pêche venaient en premier, puis l’élevage : chevaux, bovins et moutons. L’agriculture prit de l’importance au cours du XVIIIe siècle, et beaucoup de ces fermes élevaient aussi des abeilles, faisaient tourner des moulins et plantaient des vergers. Seuls les Cosaques non mariés pouvaient vivre dans la Sich même, si bien que les Cosaques mariés s’installaient avec leur famille sur des khoutory, des fermes bien à eux.

Le jeu, lui aussi, commence modestement : une poignée de colons, avec un chariot de départ et de maigres réserves, élève ses propres khatas, abat des arbres, cueille baies et champignons, et chasse cerfs et sangliers. Une cabane de pêcheur est prévue pour la démo, et l’agriculture pour l’accès anticipé.

Un petit village cosaque de khatas blanchies à la chaux et couvertes de chaume, à l’orée d’une forêt de bouleaux en automne
Un jeune établissement à l’orée du bois.

Le gouvernement de la Sich : les kourins, le Kich et la Rada

Dans la Sich, les Cosaques vivaient dans des kourins, des baraquements disposés autour de la place centrale. Un kourin était aussi une unité d’hommes, avec son propre ataman élu. La Sich en comptait traditionnellement 38.

Le Kich était le gouvernement de la Sich : l’ataman du Kich, avec un juge, un scribe, un essaoul et un intendant. Le conseil de la Sich, la Rada, les élisait. Elle se réunissait sur la place centrale, décidait de la guerre et de la paix, recevait les envoyés et répartissait les terres agricoles et les zones de pêche entre les kourins. Au XVIIIe siècle, elle se réunissait deux fois par an. La majorité s’appréciait à vue d’œil, sans compter les mains levées.

L’ataman du Kich exerçait sa charge pendant un an et pouvait être réélu ou destitué avant terme. L’insigne de sa fonction était la boulava, une masse d’armes. Le dernier ataman du Kich, Petro Kalnychevsky, occupa ce poste en 1762, puis de nouveau de 1765 à 1775.

Les décisions de la Rada sont prévues : les premiers événements pour la démo Next Fest, puis 20 à 30 événements et décrets temporaires en accès anticipé, qui influent sur la productivité, les naissances et le bonheur. Bâtir la Rada est prévu comme objectif de campagne.

Des villageois marchent entre des khatas au toit de chaume et des tonneaux de vivres
La vie quotidienne entre les khatas.

Des khatas de clayonnage, d’argile et de chaume

La steppe offrait peu de bois d’œuvre, alors on bâtissait en argile. Dans la forêt-steppe, une khata traditionnelle avait souvent une ossature en bois et des murs de saule tressé, de branchages ou de roseaux, enduits d’argile à l’intérieur comme à l’extérieur. Plus au sud, on montait les murs en argile mêlée de paille hachée, et le bois ne servait qu’à la charpente du toit, au plafond, aux portes et aux fenêtres. Les murs étaient blanchis à la chaux, et les toits couverts de chaume de paille ou de roseau.

À l’intérieur, un poêle d’argile, la pitch, se trouvait à droite de la porte, avec à côté une banquette où l’on dormait. La table et les icônes occupaient le coin opposé au poêle, le pokoutia, la place d’honneur. Tout le monde n’avait pas de khata : une petite ferme d’hiver pouvait n’être qu’une hutte enterrée.

Dans le jeu, les khatas sont blanchies à la chaux et couvertes de chaume, et chacune loge jusqu’à quatre personnes. Les villageois ont besoin de nourriture, d’eau, de repos et de chaleur en hiver : ils tirent donc l’eau d’un puits et fendent du bois de chauffage à un poste de fendage.

Deux villageois martèlent une khata à moitié construite près de l’entrepôt
Des bâtisseurs élèvent une nouvelle khata.

Raids de la steppe et défense cosaque

Pendant des siècles, les cavaliers du khanat de Crimée et de ses vassaux nogaïs lancèrent des raids sur les terres ukrainiennes, détruisant des villages et emmenant des captifs pour les vendre sur les marchés de Crimée. En 1556, plus de 80 raids de ce type avaient déjà eu lieu, et pour la seule année 1575, plus de 35 000 personnes furent enlevées.

L’armée cosaque se forma en partie pour se défendre contre ces raids. Les colons bâtirent des camps fortifiés, et la Sich était ceinte d’un rempart surmonté d’une palissade, de tours et d’embrasures de tir. Ce ne fut pourtant jamais uniquement une affaire de guerre. Les raids allaient dans les deux sens, et les Cosaques oscillaient entre guerre et alliance avec le khanat. C’est une histoire de raids et de guerres, et non un jugement sur les Tatars de Crimée en tant que peuple, que l’Ukraine reconnaît aujourd’hui comme un peuple autochtone de Crimée.

Les armes à feu étaient au cœur de la manière de combattre des Cosaques. Le vieux mot ukrainien samopal désignait les armes à feu portatives, et un Cosaque au mousquet devint l’emblème de l’Armée zaporogue.

Les raids tatars sont prévus pour la démo, sous forme d’événements précédés d’un avertissement, qui gagnent en ampleur à mesure que votre établissement grandit. Les défenses prévues sont une palissade, une tour de guet et une milice armée de mousquets, dans le prolongement de la chasse au mousquet déjà présente dans le jeu.

Un chasseur cosaque tire au mousquet sur un cerf dans une forêt de bouleaux, dans un nuage de poudre
Un chasseur fait feu.

La fin de la Sich en 1775

En juin 1775, sur ordre de Catherine II, une armée russe commandée par le général Peter Tekeli encercla la Nouvelle Sich. La garnison se rendit le lendemain. La Sich fut rasée, ses canons, ses archives et son trésor furent emportés, et ses chefs furent arrêtés. Kalnychevsky fut emprisonné au monastère des Solovki, dans le Grand Nord, et y resta détenu pendant 25 ans. En août, Catherine abolit l’Armée zaporogue.

En quelques années, les fermes d’hiver furent démantelées. Certains Cosaques partirent pour les terres ottomanes et fondèrent la Sich danubienne. D’autres formèrent plus tard l’Armée cosaque de la mer Noire, qui s’installa au Kouban. Une grande partie du Grand Pré fut inondée par le réservoir de Kakhovka dans les années 1950. Certaines de ses parties sont réapparues après que les forces russes ont fait sauter le barrage en juin 2023.

Le jeu ne retrace pas ces événements. Il suit un seul établissement, d’une ferme isolée vers une Sich, et des factions rivales tatares et moscovites sont prévues pour des mises à jour ultérieures de l’accès anticipé.

Sich: Cossacks Tale s’inspire de cette histoire sans la simuler : ses établissements, ses villageois et ses événements sont inventés.

Sources et lectures complémentaires